Florian Besson : les mobilités au cœur

“J’ai 26 ans et j’exerce dans les transports publics, en tant qu’ingénieur chez SNCF Réseau. Plus précisément, je suis Chargé d’Etudes d’Exploitation et Capacitaires. J’interviens sur le développement de projets d’infrastructures. Mon expertise consiste à apporter une analyse de l’exploitation ferroviaire aux décideurs privés et publics qui conçoivent les projets de la ville de demain. En Île-de-France, la région est le principal donneur d’ordre, par l’entremise de l’opérateur Île-de-France Mobilités, à qui je suis amené à présenter mes conclusions. Je collabore également avec des opérateurs intermédiaires, un véritable exercice de pédagogie.

Je m’applique en permanence à expliquer des choses techniques à des personnes souvent néophytes, pour leur faire comprendre les atouts et les défauts de chaque scenario et ainsi leur permettre d’arbitrer. Cela exige avant tout de l’écoute, une capacité à comprendre tous les besoins et une aptitude à savoir cadrer.
Il s’agit à la fois de prendre de la hauteur et de ne pas se contenter de rester au niveau local. Je dois les aider à « dézoomer » pour retranscrire au mieux les enjeux et les contraintes à grande échelle.

Pour y parvenir, je me suis progressivement spécialisé dans mes études :  depuis un
DUT en gestion logistique et transport couvrant tous types de moyens de transport (maritime, ferroviaire, ferré) jusqu’à la licence professionnelle de gestion des réseaux ferrés, qui forme les aiguilleurs en charge des circulations, de la régulation de flux, avec une forte préoccupation sécuritaire. J’ai ensuite voulu élargir mon périmètre au transport public de voyage, grâce à un Master 2 de l’université de Cergy-Pontoise : « Exploitation et développement des réseaux de transport public ».

Je réside à Bourg-la-Reine depuis 2025. J’ai grandi et vécu toute ma vie à l’Île-St-Denis, une petite ville de 10 000 habitants, véritable île verte fluviale entourée de nature, séparant les bras de Seine. Quand j’ai rejoint le sud francilien, j’ai naturellement recherché un cadre de vie équivalent, par sa taille humaine et sa qualité de vie. C’est Bourg-la-Reine qui s’est rapidement imposée avec en prime un véritable centre-ville, des commerçants, un marché (l’Île-St-Denis en est dépourvu), des espaces verts facilement accessibles et Paris à portée de main. Je me rends souvent à Paris pour le travail, pour les sorties ou comme point de départ, car je voyage beaucoup en France.

Dès que je suis en déplacement, mon regard se porte spontanément sur la nature du réseau de transport, les solutions d’aménagement des pistes cyclables, la disposition des voies piétonnières. Je vois ce qui se passe ailleurs, ce qui se pratique, ce qui peut se dupliquer et ce qui ne peut pas s’appliquer car le contexte de départ est radicalement différent, à commencer par l’espace disponible pour les mobilités. J’ai été aux Pays-Bas, la ville du vélo par excellence. Les voies sont beaucoup plus larges et ont été aménagées plus facilement pour inclure le vélo. De ce fait, il n’est pas nécessaire d’arbitrer entre vélo ou voiture, qui co-existent sans souci. Ce qui fait la différence est non seulement cette ressource en espace, mais aussi la pratique répandue de l’intermodalité. On utilise plusieurs moyens de transport complémentaires pour se rendre à destination. Pour cela, les gares sont pourvues d’immenses parkings à vélos qui sont toujours pleins.

Tout dépend donc de l’espace qu’on attribue aux mobilités. Nous sommes face à beaucoup de contraintes en Île-de-France. Nous pâtissons clairement du manque de place, c’est dur de pousser les murs ! Créer une voie de vélo signifie retirer une voie aux voitures et vice et versa.  Comme tout citoyen, j’observe et subis les conflits d’usage. Je repère les zones compliquées de partage. Les questions de mobilité en disent beaucoup sur la société et sur l’individualisme croissant des pratiques. Un usager peut endosser tour à tour le rôle de piéton, cycliste, automobiliste et souffrir des pratiques des autres usagers, qu’il reproduit à son tour.

Je pense aux décisions prises dans la foulée du réaménagement de la place Condorcet, pour résoudre le conflit d’usage entre arrêt de bus initial, piéton et vélos. Les aménagements dépendent du type de voirie. Mais davantage de concertation aurait été bienvenue. Je suis cependant réaliste. On peut défendre un aménagement ; mais il ne pas croire non plus que le département peut tout faire. Il a des équilibres à tenir, qui excède le seul périmètre de la ville. Je vois actuellement 2 zones sensibles sur lesquels nous pourrions agir en matière de partage des usages et de sécurité : la place de la Libération au sud et la place de la Résistance au nord. Trouver un équilibre au bénéfice du collectif est une mécanique délicate. Le but est d’agir sans tout remanier, de trouver des astuces pour ne pas refaire totalement une voirie, tout en séparant le piéton de la famille « cycliste ».

Par principe je ne veux exclure aucune mobilité. Chacun doit avoir sa place. Il faut les regrouper par catégorie d’usage. Par exemple, j’associe dans une même grande famille d’usage les moyens motorisés qui possède le même type de vitesse :  vélo électrique, mono-roue, trottinette motorisée. La difficulté majeure est que pour favoriser un aménagement cycliste, cela suppose de l’investissement financier pour aménager les voies. Encore faut-il connaître la volumétrie réelle des usagers, la fréquentation des moyens de transport.

Je suis quelqu’un de pragmatique, de très terre à terre. Tout un chacun déplore les décisions politiques lointaines qui ne reposent pas sur une expertise précise des usages et des flux. Cela manque souvent de bon sens. Comme tout citoyen, je suis persuadé qu’il y a beaucoup de choses qu’on pourrait améliorer, rendre plus accessible en ville et en connexion avec les autres communes ou grandes voies départementales.  J’aimerais apporter ma connaissance professionnelle pour améliorer la vie quotidienne.

A L’Ile-Saint-Denis, de par sa configuration « insulaire », les gens sont beaucoup plus captifs des transports en commun. A Bourg-la-Reine, nous tenons pour acquis la présence du RER B, certes très critiqué mais omniprésent dans nos vies. Sait-on que cet été, le RER B ferme en intégralité pendant 3 semaines de Châtelet à Bourg-la-Reine, pour permettre la régénération des infrastructures de ce tronçon ? L’interruption totale du trafic sera compliquée et révèle à quel point ce réseau est vital, car il n’existe pas ou peu de desserte alternative pour ceux qui ne partent pas en vacances. Quelle est notre résilience face aux transports en commun, si on enlève le RER B ? A l’heure actuelle, accéder aux métros parisiens les plus proches relèves du parcours du combattant ou d’être un bon marcheur qui a le temps. Les arrêts du bus 197 situés aux alentours de la station Lucie Aubrac du métro 4 se trouvent à 400m de part et d’autre ! Le prolongement de la ligne M4, que Cécile Andrieux a défendu depuis des années et qui se profile, n’est pas pour demain.

Force est de constater que le prolongement de la ligne 14 vers l’aéroport d’Orly passant dans la commune voisine L’Haÿ-les-Roses souffre de la même problématique. Aucune des lignes que ce soit le 172 ou 192 ne s’arrête à proximité de cette station (600 m pour 192 et 1,3km concernant le 172) privant les usagers de cette alternative. Il n’y a eu aucune restructuration du réseau de surface. C’est bien le rôle des élus locaux d’être force de proposition pour relier ces différents pôles et anticiper les évolutions à court et à long terme. Dans l’immédiat, on pourrait proposer très simplement un nouvel arrêt de bus à Bagneux pour soulager les dessertes cet été.


10 lignes de bus sillonnent notre ville, dont une partie en sa périphérie. Bourg-la-Reine est une « frontière de département et une frontière de réseau » et elle est une ville de flux traversant. Elle est littéralement scindée du Nord au Sud par la départementale RD 920. Il me semble primordial de favoriser le développement des connexions entre réseaux ferrés, bus et de métro. Cela implique de négocier avec les opérateurs de transport pour créer, adapter les ligne de bus aux besoins ponctuels (travaux, réaménagements…) ou pérennes. Cela fluidifierait et rendrait plus attractifs certains moyens de transport. Sans oublier la question centrale du stationnement sous toutes ses formes. Ce serait bénéfique pour les usagers de BLR mais aussi pour les usagers des communes traversées.

D’autant qu’on ne communique pas sur les enjeux de demain : qui est au courant de l’ouverture imminente à la concurrence du réseau de bus ? Demain, il faudra s’accorder avec les acteurs démultipliés de la mobilité : la région, le territoire, les associations d’usagers, et jusqu’à 6 opérateurs avec chacun son centre de dépôt. Il faudra veiller à la qualité de service dans ce contexte d’évolution avec des opérateurs nouveaux. Et bien entendu, il est déterminant de s’accorder avec les autres communes pour trouver un équilibre commun et non chacun dans son coin. Cela demande de la volonté et du dialogue.

Il faut dire que les gens perdent confiance et se détournent de certaines lignes de bus, faute de fiabilité de l’information et d’une fréquence adaptée. Mauvais affichage des horaires sur les arrêts provisoires, mauvaises expériences : la première personne qui subit c’est l’usager. Par ricochet, il ne faut pas s’étonner que la fréquentation s’en ressente avec des lignes qui se dépeuplent et qui ne seront plus jugées rentables par les opérateurs et d’autres surchargées. Ce sont des problématiques de charges qu’il faut prendre en considération.
Rendre confiance, équilibrer le recours aux moyens de transport, c’est prévoir l’avenir d’un bassin résidentiel sud francilien qui s’accroît avec des échanges dans les deux sens : province et capitale mais aussi transverses avec les communes voisines et un impact direct sur l’activité économique et l’emploi, l’attractivité de la ville.


Je milite pour une véritable mise en place de l’information voyageurs « dynamique ». A l’heure de toutes les applications de transport, ne pas pouvoir compter sur un horaire exact et la ponctualité est inacceptable. Voilà tout le rôle d’un adjoint à la mobilité : faire remonter à l’opérateur ou à l’autorité organisatrice les lacunes, les dysfonctionnements récurrents. J’aimerais que se tiennent des réunions une à deux fois par an réunissant opérateurs, élus, représentants de quartier qui se feraient l’écho des difficultés rencontrées et des suggestions. C’est important de créer un lien, de faire des remontées quotidiennes.

C’est dans cet esprit que Bourg-la-Reine au Cœur organise une table ronde pour comprendre les enjeux de la mobilité à Bourg-la-Reine, recueillir vécus et ressentis des gens pour améliorer le quotidien grâce à des mobilités douces et identifier ce sur quoi on peut agir rapidement et facilement. Sur le réseau j’ai identifié plusieurs sujets : la suppression à moyen terme du 388 qui relie Bourg-la-Reine à Porte d’Orléans, dont le rôle de desserte et de maillage du territoire. Autant Bagneux et Châtillon ont fait des réunions avec Île-de-France Mobilités pour s’y opposer, autant notre commune ne s’est pas beaucoup démenée pour une solution alternative, car à ce jour c’est tout le quartier des Bas Coquarts qui se trouvera non desservi pour gagner le centre-ville, hormis le Paladin que l’on sait inadéquat. La ligne est maintenue encore un an jusqu’en novembre 2026 mais à terme une ligne nouvelle remplacera le 388 et Bourg-la-Reine ne sera pas inclue dans son tracé. Pour quel motif ? Pour faciliter la réorganisation du pôle de transport de la Porte d’Orléans par Île-de-France Mobilités. Notre mobilité est affectée directement par des considérations de transport de la capitale, cela vaut pourtant la peine de se réunir et de se coordonner.


La vision des mobilités doit s’envisager par type d’usage, de voirie, d’incidence des réseaux de la région. Comment peut-on agir en amont pour limiter les répercussions de l’absence du RER B cet été, comment analyser le besoin et la localisation de pistes de vélo bidirectionnelles et comment traiter les points à risque, à court, moyen et long terme ? Ce qui définit mon engagement, c’est d’améliorer la vie quotidienne des gens et de le faire ensemble.

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