Le jour où Bourg-la-Reine a failli disparaître
Le 12 Décembre 2022, le maire de Bourg-la-Reine faisait voter une décision bien particulière : la mutualisation du poste de Directeur Général des Services.
Retour sur un épisode qui aurait fait disparaître notre ville, et ce sans concertation ni de l’équipe municipale, ni des habitants.
Pourquoi parle-t-on de “fusion Bourg-la-Reine / Sceaux” ?
En effet, l’intitulé exact de la résolution n°24 du 12 Décembre 2022 est « Approbation de la mutualisation du poste du Directeur Général des Services entre la ville de Bourg-la-Reine et la ville de Sceaux ». Alors pourquoi est-ce que cette opération déboucherait-elle vers une fusion effective des deux villes?
Cela vient de la structure particulière d’une mairie. Dans une mairie, le maire n’est pas à proprement parler le supérieur hiérarchique du personnel de la mairie. A la place, il a un bras droit, le Directeur Général des Services, qui lui est le “DG” de la mairie.
A Bourg-la-Reine, l’organigramme de la mairie ressemble à ceci (Source : Rapport de la Chambre Régionale des Comptes) :
Remarquez ici que la Chambre Régionale des Comptes souligne la structure atypique de l’organigramme de la Mairie de Bourg-la-Reine, en particulier le rattachement du Service Communication au Cabinet du Maire (voir p°40 du rapport).
Dès lors, la mutualisation du poste de Directeur Général des Services revient à mutualiser le “DG” de la mairie, et donc de placer l’intégralité des personnels des mairies de Bourg-la-Reine et Sceaux sous la même personne : dans les faits une fusion des administrations des deux villes.
Personne ne s’y est trompé, les médias, la presse, les juristes, les politiques. Que notre maire nie donc son projet de fusion relève soit d’une méconnaissance grave du droit, de son rôle et de ses prérogatives, soit d’une mauvaise foi inacceptable.
Pourquoi la fusion Bourg-la-Reine / Sceaux aurait-elle pénalisé notre ville ?
Malgré leur proximité (les deux communes se touchent) et un nombre équivalent d’habitants (20 000 habitants chacune d’après les chiffres de l’INSEE 2022), Bourg-la-Reine et Sceaux sont deux villes très différentes.
D’abord par leur rôle dans la proche banlieue Parisienne et la nature de leur population :
Bourg-la-Reine est une étape et carrefour connu de l’ensemble des Franciliens qui vivent dans la banlieue sud. C’est une ville de passage qui rayonne au sens propre du terme. A l’origine, la ville est située sur la voie Aurélienne qui va d’Espagne jusqu’à Cologne en passant par Paris. C’était, autrefois, le premier relais de poste vers le sud-ouest sur la route de Saint-Jacques de Compostelle celle que nous persistons à appeler la Nationale 20. Socialement, elle est composée de commerçants et d’agriculteurs maraîchers auxquels sont venus se joindre, à la fin du XIXe siècle des Parisiens profitant, justement, de l’accès facile au Centre de Paris.
C’est, aujourd’hui, le premier arrêt incontournable du RER B en dehors de Paris. Grâce à des routes départementales rocades de Paris, elle est le hub depuis lequel partent des centaines de bus qui irriguent la région, bien au-delà de la Petite Couronne. Tous les gouvernants de la France sont passés par Bourg-la-Reine, autrefois, les rois de France qui se rendaient dans leurs fiefs à Orléans, aujourd’hui ceux qui atterrissent à Villacoublay avec la branche finale de l’aéroport militaire qui passe juste au-dessus de chez nous.
Sceaux est un cul de sac, une ville perchée sur une crête dont la fondation est largement associée à la présence du château. Lorsqu’il choisit la ville pour se réfugier des excès de la Révolution et de l’Empire, Chateaubriand indique bien que : près du hameau d'Aulnay, dans le voisinage de Sceaux et de Chatenay « une maison de jardinier cachée parmi des collines couvertes de bois. » Bien que très connue par son parc et son château, son bal mondain à l’époque de Balzac, ses établissements scolaires (Lakanal) et université prestigieux, … elle n’en est pas moins à part des grands réseaux qui irriguent la région parisienne. Elle est socialement plus « huppée ».
Toutefois, si la fusion des deux communes apparaît être un non-sens, rien n’empêche les synergies et les coopérations. Encore faut-il qu’elles soient opportunes et logiques.
Ensuite par leur gestion :
Jusqu’à récemment, Bourg-la-Reine était une ville à l’endettement contrôlé. Si le montant a significativement augmenté sur ces 5 dernières années (+25% environ), il reste très inférieur à celui de Sceaux, à 39.5 millions d’euros (voir PV du Conseil Municipal du 17 Décembre 2025, quand il sera publié). Par contraste, Sceaux est une ville très endettée à 52.7 millions d’euros.
Cela a un impact significatif sur le taux de la taxe foncière : 28.33% à Bourg-la-Reine contre 35.53% à Sceaux.
Dans ce contexte, il n’est pas difficile de voir en quoi une fusion des deux villes se serait faite au détriment des réginaburgiens.
Mais au delà de cela, la mutualisation du poste de Directeur Général des Services n’aurait pas abouti aux économies ou au renforcement de la coopération entre les deux villes. En effet, on pourrait argumenter que tout ce qui pouvait être mis en commun l’a déjà été, soit via le Territoire Vallée Sud Grand Paris, qui a récupéré une grande partie des attributions du maire, soit par des accords spécifiques comme la mise en commun de la piscine ou la création de l’office HLM SEM Bourg-la-Reine Sceaux.
Pire, elle aurait éloigné le centre de décision de la commune des réginaburgiens. En effet, le bureau du Directeur Général des Services après la fusion aurait été à Sceaux, soit à plusieurs kilomètres de la mairie actuelle. Cela ne paraît pas beaucoup, mais en terme de décisions locales, c’est énorme ! Et l’impact de cet éloignement n’aurait pas tardé à se faire sentir par les réginaburgiens.
Pourquoi le combat contre cette fusion n’est pas terminé
La mutualisation du poste de Directeur Général des Services a été approuvée par la ville de Sceaux. Mais, contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, le rejet de cette décision par le Conseil Municipal de Bourg-la-Reine n’a pas rendu caduque l’accord entre les deux villes. Il suffirait d’un nouveau vote, cette fois-ci positif du Conseil Municipal de Bourg-la-Reine pour réaliser la fusion.
Or le Maire actuel a, à ce jour, refusé de se prononcer contre la fusion ou de garantir qu’il ne remettrait pas la question à l’ordre du jour du Conseil Municipal.
Un mode de prise de décision inacceptable
Au delà du contenu de la fusion elle-même, se pose le problème, tout aussi grave de la façon dont le Maire actuel a choisi de prendre la décision.
En effet, il n’a consulté ni le Conseil Municipal, ni les habitants.
Pire, un reportage de France 3 montre que Mr Donath se comportait comme si la décision avait déjà été approuvée, ce qui montre qu’il ne considère le Conseil Municipal de la ville que comme une chambre d’enregistrement. Dans cette vidéo, on voit la Directrice Générale des Services de Sceaux participer à la réunion de préparation du Conseil Municipal, comme si elle était déjà en fonction !!
Cette affaire de fusion est symptomatique d’une gouvernance vicieuse. Si, il n’y a pas si longtemps, on pouvait se permettre de mépriser la politique locale, on pouvait la considérer comme servante voire comme tremplin de la politique nationale, ce n’est plus du tout le cas. Pire, il y a encore peu, on voyait le niveau national comme un parangon de vertu politique et le niveau politique local comme le lieu d’expression de « baronnies » sous-entendues, féodales et corrompues. Ce n’est plus le cas.
D’une part, le niveau national s’est désormais sérieusement déconsidéré. Les manœuvres actuelles autour du budget à l’Assemblée nationale nous le montrent bien. Les partis politiques qui la structurent et qui soutiennent notre maire montrent leur impuissance chaque jour par leur comportement puéril et irresponsable. Alors que la France n’a pas de budget, qu’elle souffre d’un déficit annuel supérieur à 5% du PIB et qu’elle supporte une dette de près de 3400 milliards d’euros, comment voulez-vous qu’ils viennent nous expliquer comment gérer correctement notre commune ?
D’autre part, les Réginaburgiens sont de retour. Alors que notre ville pouvait passer pour une ville dortoir, où les actifs partaient tous les matins à leur bureau et en revenaient le soir, le télétravail fait que beaucoup de Réginaburgiens travaillent désormais à la maison, restent donc sur place et ont beaucoup plus besoin des services que procure la ville qu’avant. La politique locale les concerne donc plus que jamais. Avec elle, c’est la vraie démocratie qui doit être ravivée.
Les Réginaburgiens ne savent plus où les décisions qui les concernent sont prises, quelque part dans le mille-feuilles administratif. Entre le niveau national, la région, le Grand Paris, le département, la communauté de commune Vallée-Sud, la confusion est grande. La responsabilité se dilue. Le « Ce n’est pas moi, c’est … » ne doit pas être accepté comme une réponse. Les décisions prises en petits comités choisis, entre les quatre murs du bureau de notre maire derrière une vitre blindée et un digicode ou autres lieux découverts à marée basse n’est plus admissible. Le Conseil municipal potiche qui avalise sans barguigner les décisions du maire sans être correctement et proprement informé des tenants et des aboutissants, c’est terminé.
Le mode de gouvernance doit donc changer du tout au tout.
Nous vous proposons une nouvelle gouvernance, transparente et dans la tempérance plutôt que l’excès
Les Réginaburgiens doivent redevenir les « consultants » du maire. Les bureaux de conseil qui ont fleurit autour des autorités locales et qui proposent des projets séducteurs mais somptuaires et dispendieux, peuvent être consultés mais avec parcimonie et esprit critique. Il va sans dire que cela ne peut se faire que s’il y a une écoute accrue des Réginaburgiens et des modes de communication adaptés. Le contact personnel sera le moyen privilégié de cette communication.
La pédagogie doit supplanter la confrontation. Le Conseil municipal doit être une véritable équipe organisée en solides pôles de compétence et composée de personnes motivées, soucieuses de l’intérêt général et qui participent pleinement à l’élaboration et à la mise en œuvre des projets et des normes qui y sont décidés. Les finances et les marchés publics ne sont pas à traiter en amateur et à la légère. Lorsqu’on parle du Conseil municipal, il faut le voir au sens large et laisser à l’opposition non seulement un droit de parole mais aussi une participation concrète à la décision. L’opposition, ce n'est pas qu’un vague entrefilet tronqué dans le magazine de la mairie, c’est aussi Bourg-la-Reine.
Le consensus doit être recherché en priorité et l’organisation des réunions doit être tourné vers cet effet (préparation sérieuse en amont avec les commissions, ordres du jour clairs, bien documentés et diffusés en temps utile, respect mutuel, procès-verbaux synthétiques, lisibles et diffusables à tous les Réginaburgiens qui désirent les consulter). Une masse d’informations inutiles ne doit pas prendre le pas sur l’essentiel. Les polémiques vaines et partisanes doivent être évitées. Les commissions doivent pouvoir se réunir avec de vraies questions et non pas être des pôles d’information sur des décisions qui sont déjà prises. Nos représentants auprès des autres niveaux, à la communauté de commune, au département, au Grand Paris doivent être proactifs. S’ils doivent accomplir pleinement leur mission de mise en commun, de coopération, de coordination, d’information, ils doivent aussi garder en tête les conséquences des décisions prises pour Bourg-la-Reine. Il ne s’agit pas de tirer la couverture à soi ni de s’arc-bouter sur les « intérêts de Bourg-la-Reine » mais de rester cohérent avec la politique que nous promouvons dans notre commune.
La puissance publique nationale n’a plus les moyens. Les services publics se retirent petit à petit de notre proximité, que ce soient, par exemple, les services administratifs ou les services de police. Il n’y a pas de mystère. Si nous voulons garder un tant soit peu notre qualité de la vie et protéger nos concitoyens les plus modestes et les plus fragiles, ce sont les Français de base qui vont devoir trouver des solutions pérennes et innovantes, et les édiles qui devront participer à leur mise en œuvre juste et efficace. En supprimant la fiscalité locale, l’Etat s’est bien aperçu du bénéfice qu’il pouvait tirer de la vertu institutionnelle des collectivités locales.
C’est pourquoi, il faut dès maintenant avoir une trésorerie en ordre, un endettement minimum et des projets à la mesure des ressources qui nous sont laissées (taxe foncière) ou attribuées (dotations de fonctionnement). Ce n’est pas en faisant des investissements insensés dans des projets somptuaires (la place Condorcet) que nous y arriverons. En outre, nos équipements déjà construits réclament des frais de fonctionnement importants (médiathèque) et nécessitent périodiquement, des aménagements ou des rénovations (marché). En attendant des jours meilleurs, il nous faut donc jouir pleinement de ce que nous avons déjà et nous avons beaucoup. Ce n’est pas une question de rigueur ni d’austérité mais une simple question de tempérance.
La question fondamentale au cœur de nos réflexions doit être : de quoi avons-nous réellement besoin ?
C’est cette gouvernance que vous propose notre liste.