Lilian Guinin : les finances au cœur

“Avec plus de dix ans de pratique à mon actif, le théâtre m’a appris ce qu’était de nouer le lien avec les autres, à parvenir à se détacher de sa propre personne pour défendre l’intérêt général. C’est tout le parallèle avec l’engagement politique. Il est important d’incarner un rôle, quitte à se mettre à nu et à s’exposer pour démontrer tout l’enjeu d’une cause et en assurer la réussite. Un comédien se doit d’être autant « démonstratif », qu’apte à créer du « liant », d’aller facilement à la rencontre des personnes. Un élu doit porter une voix, celle de l’intérêt général, représenter les habitants pour faire entendre leurs besoins, en prenant la meilleure décision pour le collectif.

J’ai eu l’opportunité de m’en rendre compte tout au long de mon passé de militant, ayant participé à de nombreuses élections dans le monde étudiant, avant de m’engager en politique.  J’ai été membre de toutes les instances de représentations étudiantes de l’Université de Rennes 1 : membre du Conseil d’administration et du Conseil de fac, Vice-Président étudiant, sans oublier le CROUS. Ma marotte était de représenter les étudiants des sites délocalisés de l’Université, souvent ignorés des arbitrages de l’Université. Je me suis investi en particulier sur les questions sociales et du logement étudiant. Je ne supportais pas de voir le déficit de représentation des sites considérés comme distants. C’était le cas pour l’Université de Rennes et les communes périphériques qui en dépendaient. C’est aussi le cas pour certains quartiers de Bourg-la-Reine, aujourd’hui, sur des sujets bien différents.

Je suis originaire de St-Malo, où j’ai grandi dans une famille, qui, de génération en génération s’est engagée dans la vie sociale de sa région. Encore adolescent en 2014, je me suis engagé en politique lors de la campagne du maire sortant de Saint-Malo. Cet élu, ancien Vice-Président de la région et Député, m’a transmis sa façon de s’adresser aux gens, d’aller à leur rencontre, avec une vraie chaleur humaine. Il m’a appris à les écouter, à recueillir leurs difficultés, à savoir leur parler. Sa maxime était : « Où que vous soyez, on viendra » et certainement pas uniquement au moment des élections. Le « on », dans son esprit, désignait bien que tout le collectif du conseil municipal allait au contact des habitants. Tous les élus connaissaient chaque rue, chaque maison, chaque habitant. 

On ne s’en rend pas compte, mais la Démocratie en est danger. Heureusement, en France, nous avons encore la chance de pouvoir participer à l’exercice démocratique. Il ne faut pas dire aux jeunes qu’ils n’y connaissent rien au risque de les dissuader. Il faut les convaincre de s’engager. A 27 ans, ce qui me motive, c’est rendre un service concret aux gens, de trouver des solutions simples, de régler les conflits. L’esprit d’équipe, la patience, sont primordiaux pour avancer, autant que les compétences techniques. Mon expertise va du droit, à la finance et aux achats. A un parcours en Droit puis Droit public à l’Université de Rennes 1, j’ai associé un Master 2 en Droit des collectivités territoriales à l’Université d’Orléans.


J’exerce actuellement au CNRS en tant que chef de service achats publics. Si je devais résumer mon poste :  je regarde ce qui ne fonctionne pas pour l’améliorer, pour optimiser. J’examine chaque ligne, chaque euro de dépense, chaque dysfonctionnement pour en comprendre l’origine et y remédier. C’est un travail de fourmi. Il faut permettre à l’organisation de perdre le moins d’argent possible. Avec le temps, on repère les manières d’améliorer la gestion financière, on apprend à rédiger de la bonne manière les marchés publics afin d’obtenir des tarifs plus intéressants, à faire du sourcing et des procédures de mise en concurrence longue pour anticiper les meilleurs tarifs, bien provisionner. La gestion financière doit être centrée autour des compétences spécifiques de la commune, à savoir les crèches, la sécurité, les dotations aux associations, les projets de rénovation. Loin des grands discours, la gestion d’une ville se doit d’être simple, avec des agents de terrain. Ce n’est pas forcément moins dépenser, mais faire des gains d’achat. Cela permet d’avoir de la gestion de projet en continue, de A à Z.

En début de campagne, j’ai été désigné pour étudier l’état financier actuel de la commune. Je voulais comprendre les dépenses de fonctionnement. Je voulais voir quel était le taux d’augmentation des dépenses du mandat qui s’achève. Les dépenses d’Investissement ont explosé de 10,5 M€ à 28 M€ de, soit une augmentation de 163 %. Pour compenser, on a couru les subventions et cédé du patrimoine immobilier : c’est irréversible.

J’ai également analysé le détail des achats. Le constat m’a ulcéré : le montant des achats est de 14M € de dépenses de fonctionnement par an, dont 3 M € passé hors procédure, en dehors des règles légales. Ce qui indique que les achats sont gérés sans perspective, dans l’urgence permanente, au prix fort. Ce constat est aussi celui du rapport de la Chambre Régionale des Comptes qui dénonce le recours excessif au « saucissonnage » des contrats pour passer en dessous des montants assujettis aux règles de marché public. Je suis persuadé qu’on peut économiser en étant plus malin, potentiellement, en mutualisant certains achats avec d’autres communes, coordonner les besoins ensemble.

Ce qu’on achète doit bénéficier aux habitants, en impliquant nos acteurs économiques. Pourquoi ne pas envisager une offre de restauration pour nos enfants en co-traitance avec les commerçants de bouche de la ville au lieu de passer par un grand groupe de restauration collective ? Et pour la place Condorcet, ne pouvait-on pas s’adresser à un exploitant forestier pour des arbres venant de forets éco-responsables qui replante ce qui a été prélevé ? Ou encore étudier la possibilité de créer une centrale d’achat ? Proximité, écologie, bien-manger, bien-vivre : voilà des objectifs simples. Pour cela, il convient de former nos agents, les collaborateurs, d’assurer une permanence des élus dans tous les quartiers, se déplacer chez ceux qui ne peuvent pas se déplacer.

Ce dont Bourg-la-Reine a besoin est un plan de désendettement sur le long terme, pour pouvoir négocier des marges de manœuvre. Notre commune a juste besoin d’un diagnostic financier, au cordeau, qui garantira la pérennité des services publics. Pour cela, il est indispensable d’établir des budgets prévisionnels sur le long terme. En dehors de la rénovation indispensable du marché, il importe de mettre en pause les investissements démesurés, dans le sens où tous ceux qui ont été consentis vont peser dans le temps par les frais de maintenance. On ne peut traiter de l’avenir, ou promouvoir une vision positive si on persiste à vivre au jour le jour.

J’apprécie Bourg-la-Reine que j’ai rejoint en 2024 pour ma carrière. C’est une ville atypique par rapport aux autres dans la petite couronne : taille humaine, diversité des commerces. Tout est à proximité, on ne se croirait vraiment pas en Ile-de-France. Elle s’est densifiée et change de physionomie. Il me semble que la ville est devenue depuis quelques temps une ville-dortoir, que beaucoup de nouveau habitants ne connaissent pas tout ce qu’elle a à offrir, ni comment s’impliquer dans la vie sociale.


On ne doit pas promettre monts et merveilles aux gens. BLR peut fournir des services de qualité, de proximité et de terrain, mais pour cela il ne faut pas vivre dans la forme. La sobriété doit s’appliquer à nous-même. Alors si je peux apporter davantage de bon sens pour une gestion financière optimisée et surtout une connaissance fine du fonctionnement de la gestion publique pour obtenir le meilleur pour notre commune, alors je voudrais bien qu’on me considère un peu comme un « Happiness manager » au service de Bourg-la-Reine.”

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